Anne Sylvestre comme un phare dans vos vies

Anne Sylvestre est morte

Pour beaucoup d’entre nous, elle est l’autrice compositrice interprète des Fabulettes, ces chansons inspirées pour les enfants. Ma maman nous les a fait écouter sur les 33 tours de l’époque. Mais elle nous a aussi bercé avec son répertoire dit pour adultes, où ses chansons prenaient un ton plus engagé.

Anne sylvestre était un phare

Anne Sylvestre s’assumait féministe et utilisait le mot de sorcière bien avant que j’en comprenne toute la portée militante.

S’il vous plaît
Regardez-moi je suis vraie
Je vous prie, ne m’inventez pas
Vous l’avez tant fait déjà
Vous m’avez aimée servante
M’avez voulue ignorante
Forte vous me combattiez
Faible vous me méprisiez
Vous m’avez aimée putain
Et couverte de satin
Vous m’avez faite statue
Et toujours je me suis tue Quand j’étais vieille et trop laide, vous me jetiez au rebut
Vous me refusiez votre aide quand je ne vous servais plus
Quand j’étais belle et soumise vous m’adoriez à genoux
Me voilà comme une église toute la honte dessous

Une sorcière comme les autres – Anne Sylvestre

Je connais pas mal son répertoire pour l’avoir beaucoup écouté et j’ai envie de vous recommander quelques-unes de ses chansons.

Quelques extraits du talent de parolière d’Anne Sylvestre

La plus facile d’approche, celle qui met tout le monde d’accord, c’est « Les gens qui doutent », reprise par tant de gens. Ca faisait pas mal pester Anne Sylvestre qui n’assumait plus la version initiale et qui aurait voulu la moderniser, la rendre moins gnan gnan (elle avait l’air d’avoir des idées près précises cette femme, vous pouvez l’écouter dans cette interview).

La chanson que j’ai chantée mille fois avec MaëllePrincesse c’est « Ma chérie » et j’ai souvent rêvé d’en adapter les paroles pour que celles-ci collent mieux à notre vécu.

Mais oui, j’ai toujours mes ailes
Ma chérie
Mais tu as ouvert les tiennes
Sur ma vie
Et s’il faut que je revole
Laisse-moi m’habituer
– Ne dis pas de choses folles
Tu as toujours su voler
– Mais tu fais de la voltige !
– Tu pourras voler plus bas
– Et si je prends le vertige ?
– Je volerai avec toi

Ma chérie – Anne Sylvestre

Dans les chansons féministes pas trop connues et drôles, il y a « Petit bonhomme », « Violette » et « Clémence en vacances » (et pis bien-sûr « une sorcière comme les autres » dont j’ai mis l’extrait plus haut.

Le mari de Maryvonne était mon amant
Quelquefois je m’en étonne, encore maintenant
Au début, tout feu tout braise, il était gentil
Quand il se mettait à l’aise, il refaisait le lit
Il me disait “tu es belle” après comme avant
Il descendait la poubelle en repartant La-la-la, petit bonhomme comme on est bien élevé
C’était grâce à Maryvonne, il me l’avait caché
La-la-la, petit bonhomme, comme on avait bien menti
“Ma femme est une matrone” il m’avait dit

Le mari de Maryvonne était mon amant
Mais il m’appela “bobonne” au bout de pas longtemps
Puis je rencontrai sa femme qui me dit “merci”
“Depuis qu’il vous a dans l’âme, il ne vient plus ici”

Petit bonhomme – Anne Sylvestre

Si vous êtes chansons d’amour réalistes, mes préférées sont « L’éternelle histoire » et « Malentendu ».

Quand on aime à en crever
On est toujours ridicule
Quand on aime à en crever
On ferait mieux de se cacher
On est là, comme un voleur
Avec les yeux qui vous brûlent
On est là comme un voleur
Avec son putain de cœur

Mais la fille n’aimait pas
Tout ce qu’il gardait pour elle
Elle allait à petits pas
Tandis qu’il avait des ailes
Dont il ne se servait pas

L’éternelle Histoire – Anne Sylvestre

Celles qu’on chantait avec mes frangines c’était « la vaisselle », « la peau de l’ours » et « le deuxième œil ».

Pour le premier, pas de panique
On le tartine avec du bleu
Puis une ligne qui rebique
Et fait le regard langoureux
Un mascara très ordinaire
Super-extra-maxi allongeant
En essayant de ne pas faire
De dégâts en éternuant
Je demande qu’on se recueille
Nous abordons le deuxième œil

Tout aussitôt, ça se complique
Le bleu se met à déborder
Le trait qu’on voulait symétrique
A tendance à dégouliner
Allons bon ! J’ai fait une tache
Et j’ai des grumeaux plein les cils
Un œil de biche, un œil de vache
Ça y est, je reste de profil !
Faut-il abdiquer tout orgueil
Et refaire le premier œil ?

Le deuxième oeil – Anne Sylvestre

Moi j’aime beaucoup « me voici donc », qui parle beaucoup à la fille qui s’expose sur les réseaux.

Ce n’est pas facile et je pense
Ne pas vous faire grande offense
Rien que de le montrer parfois
Que vous, que vous ne m’aimez pas

Si vous saviez ce qu’il en coûte
De faire pour rien cette route
Celle qui me ramènera
Si vous, si vous ne m’aimez pas…

Me voici donc – Anne Sylvestre

Pis « la vie en vrai » parce que j’aime tout ce qu’elle y brode.

C’est vrai qu’on dit: “C’est beau la vie comme chez les autres”
On rêve de vivre aussi bien que les voisins
On écoute facilement les bons apôtres
On admet que nos sentiments ne valent rien
Mais si on veut bien se pencher à la fenêtre
On voit qu’ils regardent tout aussi bien chez nous
Que notre vie leur donne des regrets peut être
Qu’on était bien et qu’on n’y pensait pas du tout

La vie en vrai – Anne Sylvestre

Cette femme est un phare, dans ma vie, dans celle d’autres.

Et sa lumière me guidera aussi longtemps que je la chanterai.

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